L’adaptation au format virtuel pour nos animations : des couacs au waouh !

 

L’arrivée du virus dans notre asbl a, comme partout, chamboulé nos pratiques. Il nous a fait réaliser des choses que l’on n’avait jamais imaginées jusqu’alors. Pour le projet Migration Au-delà des Préjugés, il a fallu se réinventer complètement en proposant aux écoles et aux organismes de jeunesse des animations online. Comment faire vivre aux jeunes nos outils pédagogiques ? Comment faire en sorte qu’ils.elles soient traversé.e.s par l’expérience et la pédagogie active de notre projet ? Les volontaires se sont mis au travail pour relever le défi.

Après de nombreuses heures de préparation (cinq, six heures lieu d’une/deux heures habituellement par animation) et quelques mois d’animation 2.0, les volontaires reviennent sur ce grand chambardement. Ils nous livrent leurs réflexions, leurs doutes, leurs joies, mais aussi leurs apprentissages liés à ces nouveaux formats d’animation.

 

Anita : « On a vraiment pu débattre, partager des idées, des sentiments »

Anita est une nouvelle volontaire dans le projet. Elle a animé pour la première fois en décembre, online évidemment. Ses appréhensions du format virtuel se sont dissipés le jour J. Même sans le contact direct avec les jeunes, elle a vraiment senti une connexion avec eux. Cette première animation lui a permis de relativiser les problèmes techniques pour mieux rebondir dessus.

 

Nina: « Je dois vous avouer que j’ai sué ! (rire) » 

Nina est animatrice et formatrice dans le projet MADP. Pour elle, le virtuel ne remplacera jamais la qualité des animations en réel. Mais tant qu’à essayer ce nouveau format, elle en a retiré quelques apprentissages sur la posture d’animatrice : bien regarder la caméra, s’assure qu’on nous entend bien, répéter la même chose à plusieurs reprises, donner des informations encore plus concises et claires, ….

 

Halid : « Ils posent beaucoup de questions, ils donnent leurs impressions »

Halid a été formé pour devenir animateur en octobre dernier. Sa première expérience d’animation fût virtuelle. D’abord déçu de ne pas pouvoir échanger « en live » avec les jeunes, il a été agréablement surpris par la motivation et la curiosité des élèves. Finalement, l’échange , composante essentielle des animations MADP, était bien présent !

 

Malika : « L’expérience humaine a largement dépassé et occulté les aspects rebutants – voire totalement exaspérants – du virtuel. »

Malika est une volontaire expérimentée du projet. Elle a passé le cap du virtuel grâce au travail en binôme. La complémentarité de leurs profils lui a permis de lever ses appréhensions par rapport au problèmes techniques. Elle raconte une animation riche en échange, une énergie positive.

 C’est un lundi matin. J’ai une petite appréhension au creux du ventre. J’ai déjà donné des animations. J’aime ça. J’aime l’impression de pouvoir donner un peu de moi et de recevoir au centuple. Les élèves ne le savent pas, bien sûr. Mais c’est probablement moi qui apprends le plus. 

Et pourtant, ce lundi matin, une petite appréhension au creux du ventre. C’est la première fois en virtuel. C’est mon écran que je regarde et c’est à mon micro que je parle. J’ai un sentiment de déterritorialisation – larguée sur un terrain de jeu dont je ne connais pas les règles et qui m’inspire plus de méfiance que de curiosité. Je prépare, je répète. Je cogite sur les risques potentiels et je me donne l’illusion que je maîtrise les données. Je me colle au visage une apparence calme et parée à toute épreuve, mais à l’intérieur, c’est le bordel et ça surchauffe tel un ordinateur bas de gamme après deux heures de réunion zoom en plein soleil.  

Heureusement, je ne suis pas seule. Heureusement, parce que, sinon la petite appréhension se serait rapidement transformée en angoisse innommable et mon état cérébral chaotique aurait fini par déborder et par me contraindre à jeter tous les appareils électroniques à ma disposition, à faire un sac à dos, à prendre la route, à marcher loin très loin jusqu’à une zone exclue de toute civilisation et à camper dans une cabane de fortune en me nourrissant de bêtes sauvages et en vivant dans le plus simple appareil jusqu’à ma mort. Chère binôme, je pense qu’un «merci» s’impose (même si ça représente bien peu de chose, au regard de la situation extrême de laquelle tu m’as sauvée de justesse). Toi, tu ne fais pas semblant. Le numérique, c’est ton monde. Tu navigues dans les méandres des algorithmes avec une facilité déconcertante, tu rebondis de solution en solution en quelques coups de clavier et tu gardes un sang-froid et un peps qui forcent l’admiration.  

L’heure du jugement arrive. Et on est bombardée d’imprévus. C’est l’attente des participant.e.s qui n’arrivent pas. C’est l’heure qui tourne, les alternatives qui commencent à fuser dans nos têtes, les tentatives de conversation mondaine avec les quelques élèves qui ont pu braver les obstacles insidieusement dressés par les plateformes et, enfin, c’est la reprogrammation à une date ultérieure. Bref, un savant mélange de déception et de rire face aux circonstances incongrues. Et, de mon côté, pour être parfaitement honnête, une lassitude encore un peu plus marquée envers le numérique – biais de confirmation oblige – et la conviction maintenant inébranlable que je m’en serais mieux sortie à l’époque du papyrus dans l’Egypte ancienne.  

Mais, fort heureusement, nous ne sommes pas seules. Tout d’abord, les élèves. Au fil des animations, ce sont mes propres stéréotypes à leur égard que je déconstruis. Cette fois, certain.e.s nous étonnent par leur motivation et leur dynamisme pour trouver des solutions, contacter les absent.e.s et créer du lien en répondant à nos encouragements quelque peu désespérés et qui frôlent le risible (dans mon esprit, ça ressemble à «si quelqu’un a envie de dire quelque chose au sujet d’un truc quelconque, n’hésitez pas »). Ce qu’on construit, sans vraiment s’en apercevoir, c’est un chaleureux climat de confiance pour la session à venir. Ensuite, l’équipe. L’équipe formidable de MADP qui nous conseille, qui nous guide telle l’aiguille de la boussole en zone de largage total, et qui nous permet de prendre conscience de nos ressources individuelles et de nos forces en tant que binôme (un binôme hautement compatible et fonctionnel, d’ailleurs, me semble-t-il).  

Alors, quand le jour de l’animation reprogrammée arrive, je n’ai pas d’appréhension au creux du ventre. Technologiquement parlant, rien de pire ne pourrait arriver, de toute façon. Et tout se passe bien. Les élèves sont là et les échanges sont riches. Notre équipe de choc fonctionne et insuffle une énergie manifestement positive à ces quelques heures partagées. Contre toute attente, les écrans ne s’imposent pas comme d’infranchissables barrières tel que j’avais pu l’imaginer. Évidemment, les animations en classe, c’est-à-dire physiques et réelles, sont infiniment plus gratifiantes (je ne vais pas vous tromper sur la marchandise). Mais, de cette journée (éprouvante, s’il en est, car nous enchaînons deux animations sans répit), je ressors quelque peu grandie, comme après chaque animation. Avec une envie de continuer à m’impliquer dans le projet, à co-construire en binôme, à déconstruire toujours plus et à apprendre des autres. En toute franchise, l’expérience humaine a largement dépassé et occulté les aspects rebutants (voire totalement exaspérants) du virtuel. Et ça, c’est beau. (J’aimerais pouvoir dire que ma confiance en la technologie a été restaurée et que j’entretiens maintenant une relation paisible et pacifique avec mon ordinateur, mais ce serait un vilain mensonge qui salirait la sincérité que j’ai tenté de communiquer dans l’écriture de ce bref message).  

 

Khadija : « Reconstruire les animations déjà existantes a été très satisfaisant pour moi. »

Khadija est une amoureuse des chats et du gaming. Elle a donné ses premières animations en virtuel avec Malika. Même si elle est une adepte de la technologie et du virtuel, elle nous explique que la transition au 0% In Real Life fût difficile.

L’année 2020 a été le commencement d’une époque assez particulière… En effet, on enchaîne confinement/déconfinement depuis des mois et ce n’est pas près de s’arrêter. Mais nos vies continuent et c’est dans le cadre de mes études que j’ai rejoint la belle équipe de ULB Engagée, plus précisément le projet « Migration: Au-delà des préjugés!» en tant que stagiaire et maintenant volontaire.

Qui dit crise sanitaire, confinement et maladie, dit VIRTUEL. Pour moi, le virtuel n’est pas inconnu. J’ai grandi dans le monde réel et le monde virtuel en même temps ! En effet, je passais des heures (et j’en passe encore) devant les jeux vidéo à mes heures perdues. Cependant, même pour moi, la transition a été très difficile. Mais, l’équipe au sein de laquelle je travaillais et ULB Engagée de manière générale a été au top ! L’équipe entière était consciente de la difficulté et faisait absolument tout pour nous mettre à l’aise, s’adapter à nous (stagiaires et volontaires) et rendre l’expérience du virtuel aussi agréable que le présentiel.

Concernant les animations virtuelles, j’étais agréablement surprise. Je n’avais, certes, pas de comparaison à faire car je n’avais jamais animé en présentiel mais ce fut une expérience hors norme. Ça a donné une touche un plus « cosy » aux animations et l’ambiance était bien plus familière. Les problèmes techniques sont plus présents, c’est vrai, mais une bonne préparation en amont peut minimiser pas mal de soucis. Les préparations ont été plus longues mais le fait de « reconstruire» les animations déjà existantes a été très satisfaisant pour moi. Le seul bémol que j’ai rencontré à certains moments a été le manque de motivation… En effet, rester seule chez soi et être entourée sans l’être a vraiment été difficile pour moi. Mais encore une fois, merci à toute l’équipe pour leur soutien (big up à Fari et Gé ). Le contact humain m’a énormément manqué, c’est vrai. Mais je me rappelais tous les jours que tout le monde était dans une situation similaire et j’avais beaucoup de chances de pouvoir continuer à travailler dans de bonnes conditions. Ce n’est pas donné à tout le monde…

De manière générale, les animations sont hyper cools à présenter en virtuel, et le public est souvent très compréhensif. C’est une expérience à ajouter dans son petit carnet d’expériences de vie. Je ne regrette absolument rien. Merci à vous de m’avoir donné cette opportunité et ne vous découragez pas, collègues volontaires ! N’ayez vraiment pas peur de sauter le pas, c’est très particulier mais tout aussi enrichissant que le présentiel. Faut rester soudés et on sera encore plus contents de retrouver nos habitudes dans quelques mois, je l’espère !